René Gabriel
90 : J’avais encore le Latour en bouche quand on nous a servi l’échantillon de fût du Margaux 89 (17/20) : bouquet épicé, bois sombre, déjà lié, texture moyenne. Aucune chance d’atteindre la qualité du 83 ou du 86. Le Merlot a été récolté le 8 septembre, le Cabernet le 16 septembre. Le 27 septembre, tout était bouclé. Peu après la mise au Château : un Margaux surcuit, atypique. Pour l’instant, ce n’est que 16/20 ! En Amarone, ce serait une expérience à 18/20. Ce qui me dérange le plus, en plus de la douceur, c’est la barrique qui assèche le vin ainsi qu’une pointe de poivre un peu excessive en bouche, se manifestant sous forme de chili, de Tabasco et de paprika en poudre. Avenir difficile ? 1992, une demi-bouteille : Il est très étonnant qu’un vin si jeune et si grand cache déjà des reflets bruns sous la surface. Très probablement, certaines baies ont subi un coup de soleil et cette note brunâtre est passée dans la couleur de base lors de la fermentation. Cela confirme malheureusement aussi ma théorie formulée dès 1991 à propos de ce vin : nez gras, riche, marqué par des fruits secs (poire et banane). En bouche, chaud et punchy. Tanin fin, maintenant entouré de beaucoup de gras en raison de l’acidité plutôt basse. J’imagine que beaucoup d’amateurs de vin, qui boivent le vin avant de lire mes notes, seront en désaccord avec mon évaluation. Pour moi, il est totalement atypique et, pour ce qu’il offre, bien trop cher. De tels jus solaires, on en trouve en Italie à la pelle pour la moitié du prix, ce qui serait encore trop cher. Et à chaque fois qu’on me l’a servi, j’ai remarqué les tonalités surcuites, de raisins confits au bouquet ainsi que les tanins secs, par exemple en 1994 : concentré puissant de fruits rouges, gueldres et fraises des bois, douceur, fumée, fruits secs grillés. Beaucoup de matière, mais tanins très secs, coulant avec viscosité. Manque sans doute un peu de gras pour compenser la sécheresse des tanins. 99 : Pour meubler un dimanche pluvieux à jouer aux cartes, Bärti Stocker avait déjà mis de côté un magnum de Margaux 89 : déjà des premiers signes d’évolution avec des reflets brunâtres. Le bouquet est chaud, corinthien, montre des notes de chocolat, mais aussi des traces de raisins de Merlot très mûr. En bouche, la sécheresse apporte une énorme concentration, mais rend l’extrait encore plus sec et presque un peu visqueux. Le Petit Verdot est responsable d’une note de poivre noir et d’un ton de thé, comme on en trouve habituellement dans les grands Hermitage. D’un côté, une astringence réclamant encore de la maturité, de l’autre, cette sécheresse qui l’a toujours caractérisé. À suivre – mais il ne deviendra jamais un très grand Margaux (17/20). 01 : Mon Dieu, quand je pense au plaisir que donne Monbrison et à quel point Palmer est génial, je dois faire des reproches ouverts à l’équipe de Margaux : bouquet terreux, presque sans fruit, notes de raisin sec, mais aussi certaines touches oxydatives dans ce bouquet surcuit. En bouche, si sec qu’il faut activer la salivation pour pouvoir à peu près l’avaler. Le potentiel est là, mais il faut sérieusement se demander si le vin obtiendra un jour le fameux charme de Margaux ? S’il ne s’améliore pas bientôt, il perdra un voire deux points (17/20). 03 : Grenat s’éclaircissant légèrement, premier reflet orangé, large bord externe. Bouquet enivrant et doux, airelles, bois nobles clairs, café au lait, noix grillées, délicat et fin. En bouche, il paraît plutôt léger tout en restant aérien, raisins très passerillés, contours de miel, tanins portant une tendance à la sécheresse, finale épicée avec mousse d’Irlande et pain d’épices. Va-t-il se dessécher ou gagner encore ? Très difficile à juger. Un point d’interrogation de plus ou de moins ne change plus grand-chose pour ce Margaux 1989 (17/20). 06 : Quel déjeuner ! Nous avons commandé trois vins d’un coup et fait défiler les soldats ensemble. À droite : 1989 Latour, au centre : 1989 Lafite et à gauche : ce Margaux 1989. La couleur étonnamment profonde, avec de doux tons d’évolution. Le bouquet a commencé et est resté sec, très épicé, notes de cuir, herbes séchées et malt caramélisé. En bouche, ferme, avec une acidité marquée, très concentré. Le vin évolue encore et montre un potentiel étonnant, jusqu’ici jamais vraiment remarqué. (18/20). 07 : Pourpre sombre, léger reflet brunâtre au centre. Bouquet doux, légèrement sec, corinthes, fumée, truffe d’été, daim et musc, expression globalement chaude. En bouche, tanins encore présents et charnus, trame granuleuse, corps massif et superbe concentration. Finale longue, fait partie des classiques. 08 : Dégusté à l’aveugle en Espagne à côté d’un Château Margaux 82 de nouveau décevant. Le 89 devient de mieux en mieux et se défait de ses péchés de jeunesse. Il est mentholé, plutôt épais et montre en bouche du malt et des herbes. S’il continue ainsi, il atteindra 19/20 ! 10 : En fait, il y avait plus de puissance dans le verre que dans le Palmer noté à la note maximale dans le verre de gauche. Mais pour les Premiers, ce sont au final les finesses qui comptent. (18/20). 12 : Pourpre soutenu, fin liseré brique à l’extérieur. Bouquet doux, compoté et aussi légèrement alcooleux, évoquant une touche de Ruby Port, montant à la tête. En bouche, à l’attaque – inhabituellement crémeux et gras pour un Margaux – puis des tanins qui en demandent encore. Il s’est amélioré par nuances ces dernières années et semble vouloir encore gagner un point. Il a tout le temps pour cela, car le potentiel est passionnant et suffit largement pour 20 années supplémentaires. (18/20). 13 : Rouge lumineux, fin reflet brique au centre. Bouquet parfumé, arômes légèrement herbacés, tabac dominicain, Red-Belt-Pepper (paprika rouge séché), notes de Cayenne, avec par moments une certaine poussiérosité. En bouche, affichant une bonne concentration, l’extrait est (encore) bloqué, l’acidité ne s’est donc toujours pas complètement intégrée. Ainsi, pour un Château Margaux, encore trop peu de charme et toujours légèrement rugueux. La douceur en finale est toutefois très conciliante. Commencer sans hâte. Il y a encore un certain potentiel de surprise. (18/20). 14 : Bouquet doux-sec, touche de curry, raisins secs, miel, premiers accents de cuir. En bouche, attaque piquante, donc tanins poivrés sur la langue. Un Margaux racé, presque fougueux. Juste au début d’une longue phase de maturité de plaisir. (18/20). 20 : Magnum. Rouge sombre au centre, liseré brique au bord. Le bouquet d’allure sèche montre de nombreux types de fruits secs. Au premier plan : raisins secs et corinthes. Puis des nuances fumées, goudron, malt sombre et herbes de cuisine séchées. En bouche, il est puissant. Il présente encore beaucoup de tanins non fondus, conférant à ce Margaux à l’allure masculine un ton profond. Il a encore besoin de temps et il n’est pas sûr qu’il s’harmonise. Peut-être que les bouteilles normales sont déjà un peu plus avancées. C’était un magnum d’apparence très jeune. (18/20).